En bref. Des cryptos volées ne sont pas perdues d’office. Chaque transfert enregistré sur une blockchain publique reste visible. La récupération devient réaliste lorsque les fonds se trouvent encore chez une plateforme d’échange qui identifie ses clients, ou sous la forme d’un jeton que son émetteur peut geler, et qu’une autorité les fait bloquer à temps. Le blocage n’est pas encore la restitution, qui suppose d’établir le lien avec les faits et votre droit sur ces fonds, parfois face à d’autres victimes. Tout se joue en jours, parfois en heures. Et aucune démarche sérieuse ne vous demande de payer pour « débloquer » votre argent.
Le portefeuille affiche zéro. Le « support technique » qui vous a guidé la veille, partage d’écran à l’appui, ne répond plus. Ou bien la plateforme sur laquelle vous avez placé 40’000 francs affiche un rendement superbe, mais refuse tout retrait tant qu’une « taxe de déblocage » n’a pas été payée.
Vous n’êtes pas un cas isolé. En 2025, l’Office fédéral de la cybersécurité (OFCS) a reçu 65’675 signalements, toutes catégories confondues, dont 55,5 % pour des tentatives d’arnaque. Aux Etats-Unis, le FBI a chiffré à 11,4 milliards de dollars les pertes déclarées impliquant des cryptomonnaies, toutes fraudes confondues. L’argent a quitté votre contrôle. Il n’a pas forcément disparu. La suite dépend de l’endroit où il s’est arrêté, et de la vitesse à laquelle une autorité peut y mettre la main.
Que faire en cas de vol de cryptomonnaies ? Les premières heures
Dans l’heure, coupez tout accès à distance (AnyDesk, TeamViewer ou l’application installée « pour vous aider ») et changez les mots de passe de votre messagerie et de vos plateformes. Puis distinguez deux cas. Si vous avez seulement signé une autorisation de dépense (« approval ») au profit d’un contrat inconnu, révoquez-la et déplacez le reste vers un portefeuille neuf, créé sur un appareil sain. Si vous avez communiqué votre phrase de récupération (en général 12 ou 24 mots), considérez le portefeuille comme compromis : un robot peut vider aussitôt tout ce qui y arrive, y compris les frais de réseau que vous y verseriez pour sauver le solde. N’y envoyez rien sans l’avis d’un spécialiste. Dans les deux cas, n’effacez rien.
Le jour même, relevez les identifiants des transactions (le « hash ») et les adresses qui ont reçu les fonds. Si un explorateur de blockchain montre qu’ils ont été envoyés à une adresse attribuée à une plateforme connue, écrivez tout de suite à son service de fraude, captures à l’appui. L’étiquette affichée par l’explorateur est un indice, que seule la plateforme peut confirmer, et elle ne dit pas si les fonds s’y trouvent encore. Certaines plateformes gèlent un compte sur un signalement documenté, en attendant l’ordre d’une autorité. Puis déposez plainte, dans un poste de police ou par écrit auprès du Ministère public. L’OFCS le dit sans détour : « En cas de préjudice financier, l’OFCS recommande de déposer une plainte pénale. »
Dans les quarante-huit heures, réunissez le dossier. Les relevés de la plateforme où vous avez acheté les cryptos et les virements bancaires correspondants. Les conversations complètes (WhatsApp, Telegram, emails), le nom et l’adresse du faux site, les numéros de téléphone utilisés, les captures du tableau de bord « d’investissement ». Une chronologie d’une page, datée, fait gagner un temps considérable à la police comme à l’avocat.
Et ne payez rien à quiconque vous propose de « libérer » ou de « débloquer » l’argent contre des frais. On y revient plus bas, c’est la suite habituelle de la première arnaque.
Où sont passés les fonds ?
Quatre situations, de la plus favorable à la plus difficile. Un explorateur de blockchain (Etherscan, Blockscout, Blockchair ou Tronscan selon la chaîne) permet souvent de faire ce premier tri soi-même. Au-delà, un rapport de traçage établi par un spécialiste aide à cibler les demandes. Il n’est pas une condition pour déposer plainte, et il ne doit pas la retarder.
Les fonds sont arrivés sur une plateforme suisse qui identifie ses clients
C’est le cas le plus favorable. Une plateforme suisse soumise à la loi sur le blanchiment d’argent connaît le titulaire du compte. Le Ministère public peut lui ordonner de bloquer les actifs et de livrer les données d’identification et l’historique (art. 263 et 265 CPP). Si elle a communiqué ses propres soupçons au bureau de communication en matière de blanchiment (MROS), elle doit bloquer les avoirs dès que celui-ci l’informe qu’il transmet le dossier à une autorité pénale, et les garder bloqués jusqu’à la décision de cette autorité, cinq jours ouvrables au plus (art. 10 al. 1 et 2 LBA).
Les fonds sont arrivés sur une grande plateforme étrangère
En principe, il faut passer par l’entraide internationale, qui se compte en mois. Pour les Pays-Bas, le guide de l’Office fédéral de la justice, cité par le Tribunal fédéral en 2026, indique une durée de un à quinze mois. Une décision bernoise a ouvert une autre voie, dans un cas précis. La Cour suprême du canton de Berne a admis en 2023 un ordre de blocage adressé directement à Binance par son portail réservé aux autorités, sans demande d’entraide, parce que la plateforme n’avait pas de siège identifiable et que les cryptos ne se laissaient pas localiser (BK 23 310 du 4 décembre 2023). À notre connaissance, le Tribunal fédéral ne s’est pas prononcé sur cette voie, et c’est au Ministère public de décider s’il la suit. Autre chose est le gel volontaire. Sur un signalement documenté, certaines plateformes bloquent d’elles-mêmes un compte, à titre provisoire, le temps qu’une autorité agisse.
Les fonds dorment sur un portefeuille autogéré, ou sont passés par un mixeur
Personne ne détient ces actifs pour le compte d’un client, il n’y a donc en général personne à qui adresser un ordre de blocage. Tant que les fonds n’atteignent pas une plateforme identifiable, l’obstacle pratique est d’obtenir la maîtrise des moyens de les transférer (clés, appareils, accès), ce qui passe le plus souvent par l’identification de celui qui les détient. Saisir un appareil ne suffit d’ailleurs pas si les clés ont été copiées. Reste le cas du jeton que son émetteur peut geler, qui fait l’objet de la section suivante. Les mixeurs et les passerelles entre blockchains (les « bridges ») brouillent la piste. Ils ne la coupent pas toujours.
Vous avez « investi » sur une fausse plateforme
Le plus souvent, rien n’a été investi. Le tableau de bord affiche des gains fictifs, et le vrai mouvement se lit ailleurs, dans les transferts faits depuis votre propre compte de plateforme vers l’adresse qu’on vous a indiquée. Le traçage part de là, et l’on retombe sur l’une des trois situations précédentes. Le signal d’alarme le plus net est la demande d’un nouveau versement, présenté comme une taxe ou des frais, pour « débloquer » un solde que vous ne pouvez pas retirer.
Bitcoin, stablecoin ou utility token : qui peut encore geler les fonds ?
La FINMA distingue depuis 2018 les jetons de paiement, les jetons d’utilité (« utility tokens ») et les jetons d’investissement. Pour une victime de vol, la question utile est plus terre à terre. En dehors du voleur, quelqu’un a-t-il encore la main sur le jeton ?
Pour le bitcoin ou l’ether, non. Aucun émetteur ne peut bloquer une adresse, et seul l’intermédiaire qui détient les fonds pour un client, une plateforme d’échange ou un service de garde, peut les immobiliser.
Pour les stablecoins, la réponse change. Les contrats de l’USDT (Tether) et de l’USDC (Circle) sur Ethereum comportent une fonction de liste noire qui permet à l’émetteur de bloquer les USDT ou les USDC détenus par une adresse, et seulement ceux-ci, y compris sur un portefeuille autogéré. Ces émetteurs répondent aux demandes des autorités. Quand les fonds volés ont été convertis en stablecoins, c’est une piste à explorer en priorité.
Pour un utility token émis par un projet, tout dépend du contrat intelligent. Certains prévoient une fonction de pause ou de liste noire, beaucoup non. Lorsque le contrat est vérifié, son code se lit sur un explorateur de blockchain, ce qui n’en fait pas un audit. Encore faut-il savoir qui détient aujourd’hui les droits d’administration du contrat, qui ne sont pas toujours aux mains de l’émetteur, notamment lorsque le contrat est modifiable. Si l’émetteur est une fondation ou une société suisse, il offre en tout cas un interlocuteur identifiable. Et si l’argent n’a pas été volé mais englouti dans un projet qui n’a pas tenu ses promesses, la question est autre, et elle est traitée dans notre article sur l’investisseur déçu par un projet crypto.
Le séquestre pénal : ce que le Ministère public peut bloquer
Le code de procédure pénale permet de séquestrer des valeurs patrimoniales lorsqu’il est probable « qu’ils devront être restitués au lésé » (art. 263 al. 1 let. c CPP), ou confisqués (let. d). Pendant l’instruction, c’est le Ministère public qui l’ordonne, puis le tribunal une fois l’affaire renvoyée en jugement. La police ne peut mettre des valeurs en sûreté de son propre chef qu’en cas de péril en la demeure (art. 263 al. 3 CPP). D’où l’intérêt d’adresser une demande de séquestre motivée au Ministère public, même lorsque la plainte a été déposée au poste.
Le temps joue contre la victime, d’abord pour une raison pratique. Des cryptos changent d’adresse en quelques minutes, et ce qui n’est plus localisable ne se bloque plus. Il existe aussi une limite juridique, plus rare. Une demande très tardive peut être jugée disproportionnée, et le Tribunal fédéral a ainsi confirmé en 2026 le refus de séquestres visant des tiers aux Pays-Bas, demandés une fois l’affaire renvoyée en jugement, alors que la partie plaignante connaissait depuis des années les bénéficiaires des fonds (TF 7B_382/2026 du 2 juin 2026, consid. 3.4). Une victime qui agit dès qu’elle découvre où se trouvent les fonds n’est pas dans la même situation, même si les faits remontent à quelques mois.
Une fois bloquées, les cryptos peuvent être vendues avant la fin de la procédure, le produit restant séquestré (art. 266 al. 5 CPP). Le Tribunal fédéral l’admet, en exigeant que soient « préservés du mieux possible les intérêts de l’Etat et de la personne concernée » (ATF 148 IV 74). Si vous tenez à récupérer vos bitcoins en nature plutôt que leur contre-valeur en francs, faites-le valoir dès la demande de séquestre. Le Ministère public n’est pas lié par ce souhait, mais il doit motiver sa décision au regard du cas concret. Le Tribunal pénal fédéral a d’ailleurs annulé en 2025, sur recours de la partie plaignante, une ordonnance de séquestre et de réalisation de cryptomonnaies insuffisamment motivée (TPF BB.2025.51 du 24 octobre 2025).
Pourquoi tant de plaintes restent sans suite
Mieux vaut le savoir avant de commencer. Lorsque l’auteur est inconnu, le Ministère public peut suspendre l’instruction, après avoir administré les preuves menacées de disparition et mis en œuvre les recherches (art. 314 al. 1 let. a et al. 3 CPP). La Cour suprême bernoise a confirmé une telle suspension en 2021, dans une affaire de faux investissement en bitcoins et en ether, proposé par une connaissance rencontrée sur une application de rencontre, pour quelque 172’200 francs. La police estimait que les traces numériques menaient rarement aux auteurs et qu’une demande d’entraide à la plateforme d’échange, basée en Asie, ne livrerait qu’un intermédiaire de blanchiment (BK 21 378 du 13 décembre 2021).
Ce qui change la donne, c’est une piste exploitable. Un compte de plateforme identifiable, un virement bancaire, un numéro de téléphone suisse, un stablecoin que l’émetteur peut geler. Une plainte qui arrive avec un traçage déjà fait et une cible précise a d’autres chances d’être instruite qu’une plainte contre inconnu sans point d’accroche.
Du blocage à la restitution
Lorsqu’il est incontesté que les actifs ont été directement soustraits à une personne déterminée du fait de l’infraction, l’autorité pénale les restitue à l’ayant droit avant même la clôture de la procédure (art. 267 al. 2 CPP). C’est l’hypothèse idéale. Elle devient plus rare dès que le titulaire du compte de réception revendique les fonds ou en conteste la provenance.
À défaut, la restitution se décide dans la décision finale (art. 267 al. 3 CPP). Le juge confisque les valeurs qui résultent d’une infraction, sauf si elles doivent être restituées au lésé (art. 70 al. 1 CP). Et lorsque le dommage, causé par un crime ou un délit, n’est couvert par aucune assurance et qu’il y a lieu de craindre que l’auteur ne le réparera pas, le juge alloue à la victime qui le demande les valeurs confisquées, jusqu’à concurrence des dommages-intérêts fixés par jugement ou par transaction, contre cession à l’Etat de la part correspondante de sa créance (art. 73 CP).
En clair, déclarez expressément dans votre plainte que vous participez à la procédure comme partie plaignante, au pénal et au civil (art. 118 CPP), puis chiffrez vos prétentions, pièces à l’appui. C’est ce qui vous ouvre l’accès au dossier et le droit de recourir, et ce qui vous place au mieux pour obtenir la restitution ou l’allocation des fonds. Quand plusieurs victimes réclament les mêmes fonds, ce qui arrive souvent avec les fausses plateformes, le tribunal peut statuer sur leur attribution ou renvoyer certaines d’entre elles devant le juge civil (art. 267 al. 4 et 5 CPP).
Le piège des faux services de récupération
Ils vous trouvent, en général. Un email, un appel, parfois un message qui se réclame d’un cabinet d’avocats, de la FINMA, d’Europol ou de l’OFCS. Vos fonds auraient été « retrouvés ». Il ne manquerait que des frais de dossier. La police zurichoise résume la suite : « Dès que ce paiement est effectué, le contact cesse et l’argent versé est perdu. »
L’OFCS a reçu 462 signalements de ce type en 2025, au 23 décembre, contre 91 l’année précédente. Il cite le cas d’une personne qui avait perdu 10’000 francs en 2023 et à qui l’on réclamait, deux ans plus tard, 22’000 francs de « frais de récupération ». Aux Etats-Unis, le FBI a recensé pour 2025 10’516 plaintes liées à de fausses récupérations, pour 1,4 milliard de dollars de pertes, un montant qui peut inclure l’argent perdu dans la première arnaque.
Quelques repères. Aucune autorité ne vous demande de payer une « taxe » pour libérer des fonds retrouvés. Un avocat ou un expert en traçage peut demander une provision pour un travail défini, mais il ne promet pas de résultat et ne vous demande jamais de payer pour « libérer » des fonds. L’inscription d’un avocat se vérifie au registre cantonal des avocats, tenu par l’autorité cantonale de surveillance, et comme les escrocs usurpent aussi l’identité d’avocats réellement inscrits, contactez l’étude par des coordonnées trouvées vous-même, jamais par celles du message reçu. Personne n’a besoin d’accéder à votre ordinateur à distance, ni de votre phrase de récupération. Quant au « hacker » qui propose de « reprendre » les fonds, il vous expose au mieux à une nouvelle perte, au pire à une procédure.
Ce que coûte une démarche, et quand elle vaut la peine
Le dépôt d’une plainte pénale est gratuit. Des frais peuvent en revanche être mis à la charge de la partie plaignante dans certaines situations, notamment si elle recourt sans succès (art. 428 CPP). Ce qui coûte surtout, c’est le travail autour : le rapport de traçage, la demande de séquestre rédigée et documentée, le suivi de l’entraide, les conclusions civiles. Un premier entretien permet en général de dire si ce travail a une chance d’aboutir, à partir des transactions et de la destination des fonds.
À dire vrai, pour quelques centaines de francs, une plainte bien documentée à la police suffit. Quand le montant se chiffre en dizaines de milliers de francs et que le traçage aboutit à une plateforme identifiable, ou à des stablecoins gelables, une intervention rapide peut changer l’issue. Entre les deux, tout dépend de la destination des fonds, et c’est la première chose à faire vérifier.
Les délais en un coup d’oeil
- Quelques heures à quelques jours, le temps dont disposent souvent les auteurs pour déplacer les fonds. Aucun texte ne le fixe, mais c’est lui qui commande tout le reste.
- Cinq jours ouvrables au plus pour le blocage légal par une plateforme suisse soumise à la LBA qui a communiqué ses soupçons au MROS, à compter du moment où celui-ci l’informe qu’il transmet le dossier à une autorité pénale (art. 10 al. 2 LBA). Un séquestre pénal peut ensuite prendre le relais.
- Trois mois pour porter plainte lorsque l’infraction n’est poursuivie que sur plainte, dès que vous connaissez l’auteur (art. 31 CP), notamment pour un accès indu à un système informatique (art. 143bis CP). L’escroquerie et l’utilisation frauduleuse d’un ordinateur sont poursuivies d’office (art. 146 et 147 CP), sauf entre proches.
- Dix jours pour recourir contre une décision du Ministère public sujette à recours, une suspension ou un refus de séquestre notamment, à compter de sa notification (art. 396 al. 1 CPP).
- Durée indicative : un à quinze mois pour une demande d’entraide aux Pays-Bas, selon le guide de l’Office fédéral de la justice cité par le Tribunal fédéral (TF 7B_382/2026, consid. 3.4.1). La durée varie d’un pays à l’autre.
- Cinq ans après l’avis officiel de confiscation, les prétentions des lésés sur les valeurs confisquées s’éteignent (art. 70 al. 4 CP).
Questions fréquentes
Comment récupérer des cryptomonnaies volées ?
En trois temps, le plus souvent. Sécuriser ce qui reste et relever les transactions, localiser les fonds sur la blockchain, puis faire bloquer par le Ministère public ce qui se trouve encore chez un intermédiaire identifiable ou sous une forme que l’émetteur peut geler. D’autres voies existent, comme la saisie des moyens d’accès détenus par l’auteur une fois celui-ci identifié. La restitution vient ensuite, dans la procédure pénale, si votre droit sur les fonds est établi, parfois face à d’autres victimes.
Peut-on retrouver des bitcoins volés ?
Les suivre, oui. Les récupérer, c’est autre chose. Chaque transfert de bitcoin reste visible sur la blockchain, mais une adresse ne dit pas qui la contrôle. Comme aucun émetteur ne peut geler un bitcoin, la voie la plus fréquente passe par un intermédiaire qui connaît ses clients, et par une autorité qui fait bloquer les fonds à temps.
Je ne sais pas qui m’a volé. Puis-je porter plainte ?
Oui, contre inconnu. Avant de pouvoir suspendre l’instruction, le Ministère public doit administrer les preuves menacées de disparition et mettre en œuvre les recherches (art. 314 al. 3 CPP). Une plainte accompagnée d’un traçage et d’une cible identifiée a nettement plus de chances d’aboutir.
Combien de temps ai-je pour agir ?
Juridiquement, trois mois dès que vous connaissez l’auteur, pour les infractions poursuivies sur plainte. L’escroquerie se poursuit d’office, sans délai de plainte (sauf entre proches), la prescription de l’action pénale restant réservée. En pratique, chaque jour compte. Les fonds changent d’adresse en quelques heures, et ce qui n’est plus localisable ne peut plus être bloqué.
La plateforme me réclame une « taxe » pour retirer mes gains. Faut-il payer ?
Non. C’est le signe classique d’une fausse plateforme. Les gains affichés sont fictifs, et chaque paiement supplémentaire rejoint les précédents. Conservez la demande, elle servira de preuve.
Les sociétés de « crypto recovery » peuvent-elles récupérer mes fonds ?
Pas par elles-mêmes. Seule une autorité peut contraindre une plateforme à bloquer un compte. Une société privée peut établir un rapport de traçage utile, qui n’est d’ailleurs pas une condition pour porter plainte. Celle qui vous contacte spontanément, ou qui promet un résultat contre un paiement d’avance, correspond au schéma des arnaques à la récupération signalé par l’OFCS.
La plateforme où j’ai acheté mes cryptos doit-elle me rembourser ?
Rarement, lorsque c’est vous qui avez ordonné le transfert. La question se pose autrement si la plateforme a manqué à ses propres obligations, ce qui s’examine au cas par cas, contrat et historique en main. Pour un virement obtenu par un faux conseiller, voir notre article sur la fraude au faux conseiller bancaire.
Si les cryptos sont bloquées, les récupérerai-je en bitcoins ou en francs ?
Cela dépend. Le Ministère public peut vendre des cryptos séquestrées avant la fin de la procédure, notamment à cause de leur volatilité, le produit restant séquestré (art. 266 al. 5 CPP). La victime qui préfère une restitution en nature le fait valoir tôt, et peut contester une décision de réalisation mal motivée.
Bases légales et jurisprudence
Infractions : art. 143, 143bis, 146 et 147 CP. Plainte : art. 31 CP. Séquestre et restitution : art. 263, 265, 266 al. 5 et 267 CPP, art. 70 et 73 CP. Partie plaignante : art. 118 CPP. Suspension : art. 314 CPP. Recours et frais : art. 396 et 428 CPP. Blocage par l’intermédiaire financier : art. 10 al. 1 et 2 LBA.
Jurisprudence : ATF 148 IV 74 (réalisation anticipée de cryptomonnaies), TF 7B_382/2026 du 2 juin 2026 (séquestre demandé tardivement, durée de l’entraide), TPF BB.2025.51 du 24 octobre 2025 (séquestre et réalisation de cryptomonnaies, motivation), Cour suprême BE, BK 23 310 du 4 décembre 2023 (blocage d’un compte Binance sans entraide), Cour suprême BE, BK 21 378 du 13 décembre 2021 (suspension d’une instruction contre inconnu).
Sources : OFCS, statistiques hebdomadaires des signalements 2025, hameçonnage de portefeuilles de cryptomonnaies (14 août 2026) et fausses récupérations de fonds (23 décembre 2025). Police cantonale zurichoise, les prétendus remboursements de cryptomonnaies (3 décembre 2025). FBI, Internet Crime Complaint Center, Internet Crime Report 2025. Contrats USDT et USDC consultés sur un explorateur Ethereum.
Sur ce type de dossiers
Pour la procédure pénale elle-même, voir notre page avocat pénaliste à Genève, et pour l’encadrement des actifs numériques, notre page blockchain et actifs numériques.
Pour retracer et récupérer les fonds, voir aussi notre page escroquerie et recouvrement d’avoirs à Genève.
Ces dossiers se jouent dans les premiers jours, entre la blockchain, la plateforme et le Ministère public. Un premier rendez-vous permet de vérifier où sont arrivés les fonds, ce qui peut encore être bloqué et par quelle voie, sur la base des pièces listées plus haut. Il ne préjuge pas de l’issue. Sentinel Legal intervient en criminalité économique, en matière de séquestre et d’entraide internationale, et Me Traussnig est intervenu sur les fraudes liées à la blockchain dans le CAS Digital Finance Law de l’Université de Genève. Voir aussi L’argent de l’escroquerie est passé par un compte suisse et Compte bancaire bloqué en Suisse. Pour exposer une situation : +41 22 512 76 00 ou via le formulaire de contact.